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Nouvelles érotiques

Lundi 24 janvier 1 24 /01 /Jan 21:56

 

Elle avait surgi dans ma vie comme un tsunami, par une froide journée de janvier, avalant le flot de mes errements, qu’elle m’aidait à recracher dans les débris, sur des rives lointaines et inconnues. 

Je croyais vivre un grand amour, mais je ne rendais pas la moitié des nobles sentiments que ma compagne, adorable pourtant, m’octroyait généreusement.

Pitoyable, je m’éparpillais sur le web en compagnie de garces perfides avec lesquelles, invariablement, le fastidieux passage du virtuel au réel s’avérait infructueux.

J’accrochais leurs jupes, du bout des doigts, mais seules leurs culottes me restaient dans les mains, grandes pourtant, leur laissant un goût d’inachevé, tant elles ne se complaisaient guère dans des considérations d’ordre fétichistes.

Dans la liste non exhaustive de mes sulfureux contacts figuraient une actrice porno velue mauricienne, une poignée de gamines aussi vicieuses que joueuses, deux ou trois nymphomanes se manifestant par intermittence, entre deux coups et un autre de blues, une quadragénaire usée et une perverse incestueuse, dont l’intelligence et la fatuité me ravissaient autant que la monstruosité dont elle faisait à l’occasion usage me rebutait, dès lors que je ne satisfaisais pas à ses exigences.

Sabine possédait un cabinet, où elle exerçait les professions de sexologue, gynécologue et psychologue.

Une de ses patientes, qu’elle soignait depuis des lustres, était en fait mon contact le moins infidèle. Par son intermédiaire, elle suivait indirectement les tribulations de mon couple depuis un an environ, grâce aux mails tantôt enjôleurs, tantôt répugnants que nous nous échangions, sa cliente et moi, au gré de nos humeurs, dans lesquels il était régulièrement question de l’amour fluctuant que je vouais à ma moitié.

Sabine avait décidé de m’écrire, par égard pour mon ménage, qu’elle jugeait menacé, probablement à juste titre.

En sa qualité de sexologue, elle trouvait regrettable de constater que les relations au sein de mon couple se détérioraient peu à peu, notamment en raison de la fragilité psychologique de ma mal-aimée et de mes pulsions sexuelles qui, intelligemment maîtrisées, ne pouvaient que le renforcer. Aussi m’offrit-elle gracieusement ses services, que je ne tardai guère à accepter.

La thérapie qu’elle mit en place lui permit de déceler une partie de mes troubles.

Un simple questionnaire révéla que certaines parties du corps de ma partenaire me déplaisaient, provoquant une atténuation de mon désir sexuel pour elle, ce qui me conduisait à chercher ailleurs ces manques, que mon éducation, ainsi que mes principes moraux, rigides, m’interdisaient, paradoxalement.

Sabine, en guise de confiance, m’envoya son formulaire personnel dûment rempli et celui de sa patiente, avec son aval.

M’immiscer dans la sexualité très débridée de ma nouvelle interlocutrice, une femme plantureuse et exhibitionniste à souhait, me plut instantanément, d’autant plus qu’elle me proposait une relation de confidence réciproque sans tabous qui n’était pas de nature à m’effrayer, malgré la précocité de son voeu.

Elle estimait, en effet, que mon contact lui serait bénéfique, parce que la majorité de ses patients présentait des troubles pathologiques autrement plus graves que les miens.

Comme elle se passionnait pour mon couple, je lui envoyai l’adresse e mail de mon amoureuse, réceptive, pour qu’elle puisse engager une thérapie avec elle séparément, sous le sceau du secret professionnel.

Progressivement, tous mes sulfureux contacts disparurent, à mesure que mes relations avec Sabine se solidifiaient.

Les fantasmes de Valérie, ma compagne, très cérébrale, surpassaient les miens dans leur intensité. La sexualité extrême, que j’étais prêt à découvrir avec d’autres, par veulerie, elle souhaitait me la faire vivre elle-même, par amour et pour l’épanouissement total de notre ménage.

Avec mon accord, Sabine l’ausculta gratuitement, dans son cabinet, et me livra ensuite son diagnostic.

Le vagin de Valérie, étroit et court, constituait un frein rédhibitoire aux pratiques particulières qu’elle envisageait pour mon bien.

L’insertion d’épais godemichés, le fist-fucking et les divers objets fantaisistes que certaines femmes appréciaient par-dessus tout, elle ne connaîtrait jamais.

En revanche, son rectum, élastique, pouvait se dilater considérablement, après plusieurs séances appropriées, à condition de respecter un processus très strict.

Sodomiser ma partenaire, un de mes fantasmes inavoués, s’avérait donc envisageable à court terme.

Notre sexologue nous confia une batterie d’exercices à réaliser, ensemble, les soirs, devant des films pornos, qui constituaient, selon elle, le stimulant idéal pour développer notre libido. Masturbations à répétition, transferts, photos sensuelles, tout y passa.

Les progrès que nous accomplîmes furent conséquents, surtout de mon côté.

Sabine, persuasive, avait décelé en moi une psychologie de voyeur, qu’elle m’encouragea à assumer, avec succès.

La complicité de mon couple s’en trouva renforcée. Je n’eus dès lors plus la moindre réticence à surfer immodérément sur les sites pornos en présence de ma partenaire.

J’appris que l’épanouissement sexuel de Valérie était intimement lié au mien.

Pour la combler, il me suffisait de m’éclater en sa présence, chose que je ne faisais ou n’envisageais de faire qu’à titre exclusivement personnel. Les jeux de mains solitaires dont j’abusais quotidiennement l’illustraient parfaitement.

Selon notre bienfaitrice, il nous fallait absolument séparer l’amour des pulsions sexuelles, qui n’avaient rien en commun ou presque, car elles s’apparentaient plutôt à une forme de jeu.

La thérapie que nous réalisions allait dans ce sens et nous détacha sexuellement peu à peu l’un de l’autre.

Nos fantasmes foisonnèrent, tandis que ma pudeur naturelle commençait à s’étioler.

Je pris enfin un plaisir non feint à dévisager les filles sexy, dans la rue, en fixant des parties précises de leur corps, sous le regard approbateur et complice de ma moitié.

En l’espace d’un mois seulement, nos personnalités avaient radicalement changé.

Nous nous divertissions davantage au lit ensemble, photographiant et filmant parfois nos ébats, que notre sexologue, également voyeuse et l’assumant, se faisait un plaisir de consommer sans modération.

En retour, elle nous envoyait des clichés d’elle, dans des positions délicieusement indécentes.

Sabine prétendait avoir quarante-sept ans. Ses courbes encore avantageuses laissaient pantois : une mentalité saine dans un corps qui ne l’était pas moins.

En plus, elle me considérait comme son confident attitré, preuve de son indéniable affection et elle m’encourageait à fantasmer sur son compte, ce que je ne manquais jamais de faire.

De plus en plus souvent, elle accapara mes pensées. Des relents de pudeur m’interdisaient d’avouer ma faiblesse, au début, mais quelques photos de son postérieur soigneusement choisies m’y obligèrent.

Oui, ma sexologue me plaisait, comme à d’autres sans doute, mais elle me le rendait bien, puisqu’elle me trouvait séduisant, sensible, intelligent, serviable et plutôt bien monté.

Plus elle flattait mon ego, plus je gagnais en confiance et plus je m’appropriais la sienne.

Je me livrai de plus en plus, sans retenue, ni triche. A l’évidence, un début de sentiment amoureux partagé germait.

Sa passion dévorante pour son métier me rapprocha graduellement d’elle. Elle consacrait en effet des heures considérables à ses patients, par mail ou à son cabinet.

L’idée philanthropique de tenter de sauver des couples à la dérive ou de soigner des personnes malades la rendait admirable, à mes yeux.

Sabine, à l’instar de ma partenaire, se souciait de mon penchant pour l’écriture.

Comme elle envisageait de rédiger un fastidieux ouvrage sur son métier, je lui offris aussitôt mon aide, pour lui renvoyer l’ascenseur. Un nègre qui refusait catégoriquement la moindre rémunération se faisait rare, par les temps qui couraient. Mon geste la toucha. La savoir touchée me coula. 

Je la croyais célibataire et sans enfants, au début, mais il n’en n’était rien, en fait.

Bruno, son mari, un brillant chirurgien exerçant ses compétences en Suisse, qu’elle voyait peu et dont elle n’avait avoué l’existence à Valérie qu’à mots couverts, se décida à m’écrire, dans le but de partager certains fantasmes communs.

Il affirmait adorer son épouse, tout en vivant une sexualité débridée avec d’autres femmes de son milieu, dont il m’envoya des photos explicites.

M’imaginer bander sur sa muse l’enchantait, d’autant plus qu’il appréciait les charmes de ma compagne et n’hésitait pas à me le signifier.

D’un caractère souple, il projetait de nous inviter chez lui, pour lier connaissance, en compagnie de sa femme.

Ses mails suivants dévoilèrent une autre facette de sa personnalité.

En effet, il eut l’outrecuidance de me demander la permission de faire de Valérie sa « régulière », proposition qu’il se garda bien de dévoiler à son épouse, ce qui engendra un malaise.

Comment un homme qui se définissait comme complice de sa femme pouvait-il avoir de telles intentions ? Comment deux êtres, qui apparemment, s’adoraient, réussissaient-ils à vivre séparément l’un de l’autre, d’autant plus que deux adolescentes étaient les fruits de leur union ? Le doute envahissait mon esprit.

Mes correspondances avec Bruno s’estompèrent aussi rapidement qu’elles avaient débuté.

Il tenta un rapprochement significatif avec ma partenaire, lui déclarant qu’il songeait à divorcer de la sienne.

Sabine, au même moment, se détermina à vivre pleinement une aventure avec un de ses apôtres, prénommé Jean, un curieux sexagénaire malade, mais amoureux d’elle, considérablement dominateur, fervent adepte de l’automutilation, qu’elle suivait depuis plusieurs années et qui l’attirait énormément, puisque tous les aspects de la sexualité, y compris les plus biscornus, fascinaient le docteur qu’elle était.

Elle s’échappa au Havre, où elle possédait une résidence secondaire, y installa son patient, céda son cabinet manu militari et vécut pleinement sa nouvelle passion, reniant complètement et égoïstement tout son entourage.

Elle souhaitait goûter aux joies d’une liaison basée sur le sado-masochisme dur et le bondage, deux domaines singuliers qu’elle n’avait pas vraiment explorés en détails, jusqu’alors.

Son client céda à ses injonctions les plus viles.

Pour pimenter leurs ébats, ils se droguèrent profusément. Il fit d’elle son véritable objet sexuel, ni plus ni moins, avec son consentement.

Elle découvrit l’asservissement total, l’humiliation, la cravache.

Le délice d’être considérée comme une vulgaire ardennaise la rapprocha de son dresseur davantage encore. Aucune séance ne s’achevait sans qu’elle ingurgitât le foutre que son maître crachait dédaigneusement dans un verre.

Elle expérimenta l’abattage sexuel avec une quantité d’hommes, lesquels rétribuaient généreusement son Maître pour leur permettre d’assouvir leurs pulsions les plus dégradantes, puis les lavements à l’eau salée de plus en plus poussés, qui aboutirent à l’utilisation d’eau de javel pour lui procurer davantage de souffrances encore, mêlées de ce ravissement teinté de honte si difficile à assumer, une fois l’acte accompli.

Les sévices corporels vinrent ensuite, en complément.

Littéralement possédée, Sabine ne connaissait plus de limites au don d’elle-même, qui dans son cas s’avérait uniquement synonyme d’intenses douleurs.

Etre traitée plus mal qu’une vulgaire pute de bas étage, passe encore, mais réclamer à corps et surtout à cris des tortures physiques insoutenables, que son mentor lui-même, pleurant à chaudes larmes, lui accordait exclusivement par amour, dépassait l’entendement.

L’expérience prenait une tournure épouvantable. Son mari intervint à temps, alerté de la gravité de la situation par l’ancienne assistante de cabinet de sa conjointe.

Epaulé par la police, il sauva son épouse d’une mort inéluctable, quand il la retrouva à l’abandon dans une cage, sous-alimentée, trois dents cassées, le corps partiellement brûlé par des mégots de cigarettes, les seins percés et les orifices éclatés, sous les yeux de son tortionnaire, que la police s’empressa de coffrer immédiatement et de punir copieusement à son tour, dans l’attente qu’une plainte puisse donner lieu à réparation des préjudices subits.

Je n’eus plus la moindre nouvelle d’elle durant plus de trois mois, période au cours de laquelle aucun de ses contacts ne daigna répondre à mes mails, dans lesquels je cherchais simplement à m’informer sur l’évolution de sa santé.

Je la crus morte, un moment, quand j’appris dans un bulletin d’informations qu’une sexologue lyonnaise avait intenté à ses jours.

Heureusement, des rumeurs contraires circulaient à son sujet. Elle tentait en fait de se reconstruire physiquement et surtout psychologiquement, dans une maison de repos en Normandie, à deux pas de sa résidence secondaire.

Elle me recontacta enfin au début de l’été, par le biais d’un mail bref, où elle ne fit nullement allusion au drame qu’elle venait de subir, réservant ses impressions à Valérie.

Frôler la mort de la sorte lui avait enseigné qu’on ne badinait pas avec certains pervers, psychologiquement très forts, malgré la connaissance de leurs pathologies pour lesquelles ils étaient soignés.

En tant que psychologue, elle avait cru pouvoir endiguer les troubles de son patient, en vertu de l’amour immense et sincère qu’il lui portait, mais lutter avec lui sur son propre terrain et à armes inégales révélait de l’inconscience pure et simple.

De cette épisode désastreux, pour elle malgré tout stimulant, subsistait une drôle de certitude, celle d’avoir connu le plaisir divin et inégalable d’être la propriété exclusive d’un homme, un moment donné, jusqu’à la négation totale de ses propres envies.

Plus inquiétant encore : l’individu qui avait consciemment ou non failli causer sa perte était décrit comme la rencontre la plus marquante de toute son existence, au point qu’elle refusait d’admettre qu’il existait des domaines sexuels où il ne faisait pas bon pénétrer, au risque d’y laisser une partie de ses neurones et de sa santé.

Je compris alors que ma psychologue préférée, qui soignait pourtant certains couples avec conviction, était psychologiquement aussi atteinte, sinon plus encore que les patients qu’elle avait sous sa coupe.

Pouvait-elle légitimement encore se prétendre apte à prodiguer des conseils médicaux avisés, à l’avenir ?

Nous reprîmes une fréquence de mails considérable. Elle me divulgua un secret d’alcôve.

A l’âge de cinq ans, elle avait perdu ses parents, dans des circonstances tragiques. Depuis, elle demeurait perpétuellement en quête d’une affection et d’une protection enveloppantes, qu’elle quémanderait à coup sûr toute sa vie, comme d’autres avant elle avaient porté leur croix.

Je dus néanmoins me ranger à l’évidence que celle que j’avais tant appréciée avait disparu, cédant la place à un être instable, atrocement en manque de sexe et qui me le dévoila sans détours, puisqu’elle me proposa de devenir son contact privilégié au moment où nos mails, par sa faute, ne s’articulaient plus qu’autour d’un seul et unique thème : la pornographie à outrance.

Exit les longs laïus au sujet de son métier. J’avais dorénavant affaire à une véritable nymphomane me réclamant sans cesse des photos de moi plus indécentes les unes que les autres.

Comme je cédais à toutes ses demandes, qui devinrent rapidement des exigences, elle me fit des avances de plus en plus prononcées.

Elle m’envoya toute une série de clichés de son anatomie, de patientes en chaleur et de l’une de ses propres filles, le tout agrémenté de commentaires très crus.

Elle adorait obséder mentalement ses contacts. Force était de constater que son plan fonctionnait à merveille…

Ma thérapie de couple n’était pas encore terminée, selon elle.

Elle négligea brutalement ma compagne, qu’elle comptait pourtant initier aux joies de la domination avec un autre homme, plus mûr, dans un donjon, pour assouvir un de ses fantasmes les plus fous, inspiré du sulfureux roman « Histoire d’O ».

Non contente de l’ignorer, elle la calomnia sans ménagement et jeta son dévolu sur moi seul. J’étais, d’après elle, sexuellement attractif, contrairement à Valérie, jugée soudainement mièvre et manquant rudement de caractère.

Sabine souhaitait organiser, fin juillet, avec le concours de son mari, une thérapie commune au Havre, dans leur habitation, étalée sur plusieurs jours.

Les femmes des autres couples, majoritairement des bourgeoises vicieuses, matures et expérimentées, pour la plupart capricieuses et constamment insatisfaites, m’attendaient de pieds, de mains et d’orifices fermes, afin de se délecter de mes trente ans, en compagnie de jouvencelles tout aussi déchaînées et partouzeuses qu’elles.

Parmi les convives se trouvait Manon, la demi-sœur de Sabine, une créature splendide et apparemment autoritaire, sexologue également, qu’elle jalousait pour son physique irréprochable.  

Une participante dut renoncer aux ateliers, rattrapée par ses vieux démons.

Elle venait de mutiler atrocement le sexe d’un jeune éphèbe à l’aide d’une lame de rasoir introduite insidieusement au fond de son vagin, avant l’accouplement.

Ainsi s’était-elle vengée des atermoiements de son partenaire de passage, trop hésitant avant de finalement se décider à enfourcher une perverse au bord de l’âge fatidique et tant redouté de la ménopause, qui ramène fréquemment les hormones les plus rebelles à des normes plus raisonnables.     

La tournure que prit ensuite ma relation avec Sabine me décontenança.

Elle me demanda de devenir confidentiellement et officiellement son amant, au nez et à la barbe de nos compagnons respectifs, car je disposais de qualités essentielles à ses yeux.

Ma jeunesse, mon intérêt pour la psychologie, ma fougue, mon inexpérience, mon tempérament, ma sensibilité et mon appareil génital jugé acceptable allaient à coup sûr la combler.

De plus, elle comptait fermement faire de moi un amant exceptionnel.

Pour cela, elle prévoyait de me faire goûter au maximum aux plaisirs de la chair, jusqu’à satiété, avec elle et d’autres femmes, triées sur le volet par ses soins uniquement.

En conséquence, j’avais la formelle interdiction d’envisager la moindre initiative individuelle avec une bringue, car une telle bricole aurait forcément nui à ma thérapie.   

Elle m’écrivit avoir considérablement souffert des suites d’une longue liaison qu’elle avait secrètement entretenu avec Jérémy, un jeune musicien marié, qui essuyait de gros problèmes avec sa femme, frigide, qu’il adorait.

Les deux s’étaient tournés vers elle, en désespoir de cause, pour obtenir un coup de main salutaire.

Les séances s’étaient rapidement individualisées. En définitive, Jérémy avait opté pour une solution radicale : quitter son double et migrer en direction de l’Afrique du sud, son pays d’origine, car le trouble de son épouse constituait, d’après sa sexologue, une barrière infranchissable à une sexualité épanouie.

Sabine attendait de moi, en quelque sorte, que je compensasse divers manques affectifs causés par son départ fortuit.    

Il arrivait donc à ma sexologue de forniquer régulièrement avec certains patients… Naturellement, de tels agissements contrevenaient à la déontologie de la profession.

Valérie m’indiqua, confuse, qu’elle avait également commis l’erreur de s’être laissée sexuellement  abuser par elle, le jour de son auscultation, qui s’était éternisée.

Après enquête, je réalisai que Sabine était en fait une séductrice invétérée, une briseuse de ménages qui profitait de son statut pour assouvir ses pulsions salaces avec ses patients, selon ses envies du moment.

Elle sélectionnait elle-même ses clients, tous des victimes potentielles, selon des critères bien définis.

Dès qu’un sujet possédait un profil intéressant pour elle, elle le manipulait et tentait de se l’approprier, oubliant Hippocrate et sa doctrine surannée.

Sa plastique avantageuse, son charme, sa connaissance des réels besoins de ses cobayes et sa supposée gentillesse naturelle étaient autant d’atouts dont elle profitait allègrement pour parvenir à ses fins.

Quel être humain normalement constitué pouvait résister longtemps à une plantureuse Lorelei rousse terriblement aguichante, dotée de surcroît d’un tour de poitrine naturel de cent-vingt, bonnet F et d’un fessier digne des femmes noires les plus cambrées de l’industrie du X ?

J’étais emprisonné dans les fibres de ses décolletés plongeants, comme d’autres avant moi.

Nos échanges se multiplièrent. Nous nous adressâmes entre dix et vingt mails quotidiennement, courts et érotiques pour la plupart, mais déjà trop longs, jusqu’à ce que son mari eut vent de notre délicate proximité, même virtuelle seulement.

Sabine conservait en effet dans un classeur à portée de mains de sa famille tous les mails de ses différents « béguins » du moment, dont les miens, qu’elle imprimait toujours.

Parmi plus de cinquante contacts, nous étions quatre « élus », à qui elle se confessait parcimonieusement.

Ensemble, nous formions son idéal masculin. Elle prétendait nous aimer tous les quatre pareillement, bien qu’elle avouait avoir un penchant pour le petit dernier, moi en l’occurrence.

Plus réceptif que les trois autres à ses jérémiades, j’eus droit à davantage d’égards, à défaut d’une franche considération.

Je devins ainsi son ange. Elle me gratifia de déclarations d’amour enflammées auxquelles je ne résistai que partiellement, lui indiquant, dans un souffle de bon sens, que son mari, un brave homme, sensible, altruiste et intelligent, devait rester sa priorité absolue, au même titre que ses filles, avec lesquelles elle ne s’entendait plus du tout, parce qu’elles ne supportaient plus les trop nombreux excès de leur génitrice.

Son époux, meurtri, mais avide d’établir un brin de vérité dans cette périlleuse affaire, prit la peine de me recontacter, dans le but également de me mettre en garde contre Sabine, en me livrant bon nombre d’anecdotes peu flatteuses à son sujet.

Bruno, plus jeune que sa femme, âgée en fait de quarante-neuf ans, était le premier homme de sa vie.

Vicieux, il avait tenté de la révéler sexuellement, mais ses pulsions l’avaient conduit à rechercher ailleurs les sensations qu’il désirait obtenir de sa femme, au début de leur union, parce qu’elle se montrait trop pudique et lui conseillait en conséquence vivement de changer de literie pour s’épanouir.

Sa conjointe, à l’origine timorée et chaste, s’était néanmoins progressivement dévergondée, davantage par dépit que par appétit sexuel.

De nature très rancunière, elle avait profité de son statut de sexologue pour se venger de Bruno en fautant avec un maximum d’hommes, souvent jeunes, sous ses yeux ou en catimini, puisqu’elle avait insisté pour éloigner son mari d’elle, alors qu’il aurait pu exercer son métier à Lyon et vivre paisiblement à ses côtés.

Devenue littéralement perverse, elle poussait le vice tellement loin que sa joie consistait à humilier constamment son faire valoir, qui l’adorait au point de manquer foncièrement de force de caractère, parce qu’elle lui interdisait de profiter de ses charmes, pendant que d’autres, implacables, testaient leur virilité, manipulés ou non, en lui procurant des orgasmes à géométrie variable, qu’elle relatait dès que possible à leurs conjointes respectives, pour pimenter le jeu et détruire leur couple.

Ainsi avait-elle agi avec Jérémy, dont elle retrouvait toujours la trace, parce qu’elle continuait encore et encore à le harceler de ses innombrables mails, tantôt enthousiastes, tantôt désespérés, auxquels il ne répondait jamais, car il connaissait le refrain par cœur.       

Sabine méprisait tellement son mari que, prétextant une expérience inédite destinée à parfaire son éducation érotique, elle s’était arrangée pour le faire sodomiser brutalement, les yeux bandés, par un mastodonte noir au sexe monstrueux, sous ses yeux approbateurs, afin qu’il se délecte des plaisirs défendus du rectum, comme certaines femmes, alors qu’elle savait pertinemment que Bruno était strictement hétérosexuel.

La profonde satisfaction qu’elle en avait tirée avait achevé de ridiculiser son mari, incapable de retrouver un semblant d’érection depuis cet incident aux conséquences désastreuses.

Voyeuse autant que perfide, elle avait osé prendre des photos de la scène, qu’elle s’était grossièrement chargée de divulguer à ses filles, hilare, les commentant sur un ton sarcastique qui les traumatisa également.

Les deux adolescentes venaient de découvrir âprement les pratiques particulièrement amorales de leur mère, que Bruno tentait tant bien que mal de ne pas révéler, pour les protéger au maximum et sauver les apparences.

L’aînée, majeure, influencée par sa mère, avait même participé à certaines thérapies de groupe, sans que son père ne le sût, et s’y était montrée plutôt à son avantage, mais désormais, toutes deux reniaient définitivement leur marâtre.

A l’évidence, Sabine ne possédait pas l’instinct maternel, à l‘inverse de son mari, un père de famille admirable et admiré par son entourage, à raison, mais pas par la personne qui comptait sans conteste le plus à ses yeux, ses filles exceptées : son épouse…

Triste sort que de se voir excessivement repoussé par sa propre compagne, quand on se persuadait à croire encore, conforté dans son erreur par l’opinion générale, qu’elle était malgré tout la femme de sa vie…

Sabine croulait sous la férule d’un égocentrisme démesuré et mal à-propos.

Dans ces conditions, comment pouvait-elle considérer ses propres filles, ravissantes à souhait, qu’elle associait spontanément à son époux bafoué, alors qu’elle tombait lentement, mais inexorablement en décrépitude, du fait de son âge plutôt avancé, bien qu’elle refusait pitoyablement de l'admettre ?

Régulièrement en quête de nouvelles manœuvres démoniaques, elle était parvenue à défroquer le petit ami d’Aurélie, sa fille aînée, le temps d’une partie de jambes en l’air.

Incapable d’assumer son acte, ce dernier avait aussitôt rompu avec sa dulcinée.

Cette amère chronique ne pouvait finir sans que Sabine ne parachevât son œuvre machiavélique.

Elle vampirisa au Havre un jeune marin péruvien qui venait de mettre sa fiancée enceinte et qu’il abandonna lâchement, suivant les précieux conseils de sa sexologue, non sans avoir au préalable pris soin de se donner bonne conscience en l’obligeant à avorter.

Mais briser un nouveau couple ne lui suffisait guère.

Sabine prit un malin plaisir à dévoiler à ma compagne, fragile psychologiquement, une partie de nos mails confidentiels, les plus sujets à controverse.

Elle prétendait ouvertement m’aimer et se chargea d’en informer son entourage, à sa manière. Elle prononça cent vingt-trois fois mon prénom devant son mari et ses filles en moins d’une journée, ce qui provoqua leur départ, téléphona longuement à ma compagne en mon absence, nullement embarrassée, pour lui signifier notre amour réciproque, sans me demander mon avis.

La réaction de Valérie ne se fit pas attendre.

Comme je venais d’articuler deux fois le maudit prénom de Sabine en dormant, elle estimait, furibonde, que je devais rejoindre ma bien-aimée au Havre et préparer mes valises illico.

Sauf que cette dernière ne désirait guère rejouer une nouvelle version de « quai des brumes », car elle ne supportait guère la vie classique en couple et qu’elle ne m’aimait pas au point de me garder constamment auprès d’elle, puisque son cœur ne battait pas la chamade pour moi uniquement…

A bout de nerfs, Valérie taillada une partie de son abdomen et ses seins, à l’aide d’un couteau de cuisine traînant dans les parages. Heureusement, les blessures furent superficielles.

Foudroyé, dépassé par les événements et mon comportement coupable, je fondis en larmes. Bruno, aussi écorché que nous, appela son épouse, afin de trouver une solution amiable, qu’ils finirent par trouver.

Sabine consentit à ce qu’il retournât vivre auprès d’elle, accompagné de ses filles, à la sinistre condition que je devienne officiellement son amant durant une période minimale d’un an, le temps de parfaire mon éducation sexuelle.

Impudent, j’en demandai deux, au mépris de l’équilibre de mon propre couple. J’exigeai également de ne jamais rencontrer ses filles au cours de cette période, ni de près, ni de loin, avant de faire le point par la suite, parce que je ne souhaitais pas briser un foyer, pourtant complètement désuni déjà et qu’il me semblait honnête dans ma malhonnêteté d’attendre honteusement que la fille cadette atteignît la barre symbolique de la majorité, synonyme juridiquement de capacité, pour m’afficher publiquement aux bras de ma maîtresse…

Finalement, Sabine berna tout son monde pour filer seule s’installer au Pérou, à la dérobée, laissant sa famille et sa horde de prétendants loin derrière elle.

Elle souhaitait reconstruire une nouvelle vie et envisageait sérieusement d’ouvrir un cabinet de gynécologie dans une contrée où la médecine occidentale n’était pourtant pas la bienvenue.

Elle avait exploité le réseau relationnel de son toy boy péruvien pour se procurer un luxueux appartement doté d’une piscine, car la belle ne pouvait se complaire sans un minimum de confort.   

Son action, elle l’avait évidemment préméditée, puisqu’elle avait utilisé le consulat français pour faire transférer l’intégralité de ses comptes bancaires, copieusement garnis, grâce notamment à la vente de son cabinet à Lyon.

Pour partir en paix, elle avait brouillé les pistes auprès de sa cour et de ses proches, leur racontant des bobards.

Elle transita d’abord par New York, pour y accomplir une douloureuse et coûteuse opération de chirurgie esthétique, aussi vaine à long terme que concluante de prime abord, pour qui savait repérer sur un visage les rides dissimulées d’une existence tumultueuse. 

Son réseau relationnel, définitivement scandalisé par son comportement atypique, choisit de couper légitimement contact avec elle.

Elle avait décampé à temps, en fait, puisque plusieurs patients, victimes de ses séances de sexologie particulières, avaient porté plainte contre elle.

La garce demanda officiellement le divorce. Le juge, sentencieux, fit appliquer la loi.

Les mères indignes, il en rencontrait suffisamment dans le paysage français pour éviter toute forme de clémence avec celles expatriées au bord de la cordillère des Andes.

Il prononça le divorce à ses torts exclusifs. Elle fut déchue de ses droits maternels, suite aux témoignages saisissants de Bruno et de ses filles, qui l’assimilaient à juste titre à un simple utérus.

Nous continuons de correspondre, aujourd’hui, mais pour combien de temps encore, puisque Sabine, malade, néglige ses soins et avale quotidiennement des quantités effarantes de pilules hasardeuses qui, tôt ou tard, finiront par laisser leurs empreintes indélébiles sur son psychisme et son métabolisme, déjà fortement perturbés.

Le jeune marin péruvien vogue de nouveau avec sa chérie sur des eaux plus propices à l’avancée de son navire.

Bruno, après avoir rendu une visite à un Jean rongé par le remords, a retiré la plainte pour torture et actes de barbarie sur une personne vulnérable qu’il avait portée à son encontre, ce qui n’a pas empêché le malade, inconsolable, de se pendre en prison avant sa libération, dans l’indifférence générale.

Bruno a néanmoins aisément retrouvé une certaine stabilité affective, puisque ses troubles d’érection se sont envolés, depuis qu’il file le parfait amour avec une femme joviale et équilibrée, qui lui fait redécouvrir les joies simples d’une vie qui n’aurait jamais dû être alambiquée, en dépit des bassesses de son ex épouse, toujours à l’affût d’une perfidie, qui a tenté de saborder son nouveau bonheur en téléphonant à cette dame, qu’elle connaît personnellement, pour raconter des insanités sur son compte, comme un mauvais réflexe, dont il faudra bien qu’elle réussisse à se départir un jour, pour repartir de bon pied.

Mon couple retrouve progressivement des couleurs.

Pourtant, fréquemment, mon esprit s’évade encore du côté de Lima, les jours où le ciel est taché de nuages grisâtres et que j’ose jeter un oeil furtif par ma fenêtre, où je finis toujours par entrevoir, non pas le ravissant visage de Sabine, au loin, mais les crêtes enneigées du Mont Blanc, annonciatrices de pluies féroces, tendre vers l’infini.

J’imagine alors cette femme, poursuivant encore les chimères d’un amour absolu qu’elle a déjà brûlé, isolée, aux confins d’une civilisation perdue qui, comme elle, a eu son heure de gloire avant de sombrer, faute d’avoir intronisé un souverain ayant su se remettre en questions au moment où tout était encore possible.

Invariablement, ma raison me commande de la condamner, âprement, mais mon cœur prône l’indulgence, quand je songe à ce gâchis innommable provoqué par cet être mi-ange, mi-démon, ni ange, ni démon tout à fait ou peut-être tout à la fois, que je n’ai et ne pourrai sans doute jamais aimer autrement que virtuellement, grâce à une main protectrice bien réelle, qui m’aura miraculeusement épargné une épouvantable rencontre, par mansuétude uniquement, une chance que tant d’autres n’auront pas eue, bien que tous, sans exception, s’avéraient plus débonnaires que moi.

Je bénis ce mystérieux bienfaiteur, tout en lui demandant constamment s’il était vraiment juste que je pusse à moi tout seul bénéficier d’une protection aussi grande, puisque j’ai eu davantage la capacité que la bravoure de commencer, et surtout de conclure ce récit, à priori indemne.

L’avenir me dira à quel prix.


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